Ségolène Lavaud

 

                                               


                                            

DE L’INCITATION

 

 Seggys


samedi 27 septembre 2008


Si l’on se pose la question de savoir d’où viennent les désirs de lire ou d’écrire, il faut d’abord accepter le principe que l’un découle de l’autre, et que s’il y a des lecteurs ce ne sont pas tous pour autant des auteurs. Cependant si l’on pense aux écrivains, nombreux sont ceux qui ont eu un éventuel déclencheur involontaire et donc inconscient venu de leur prime jeunesse par la voie de leurs lectures. Ces lectures souvent ont commencé par la lecture à voix haute ou des narrations orales faites par l’entourage proche, ce qui implique l’étroite relation de la voix au récit reçu, entendu. On peut penser notamment à Rousseau, Proust ou Beckett qui évoquent le père ou la mère intimement liés à leurs souvenirs littéraires, si on accepte l’oralité comme forme d’écriture. La découverte d’histoires alors fait partie intégrante de l’imaginaire et demande une nourriture suivie par la lecture. Ces lecteurs lisent par plaisir, par désir, par besoin, et en distillent un bonheur et une jouissance intime et personnelle qu’ils transmettent dans leurs écrits ultérieurs.


La richesse de la lecture exige pour être pleinement ressentie un investissement à la fois du corps et de l’esprit. C’est un plaisir égoïste, égocentrique et solitaire, qui demande calme et confort. Bien sûr on voit des gens lire dans les lieux publics, mais ceux-là ont : soit une capacité d’isolement moral et phonique permettant la concentration, soit lisent par nécessité obligation ou ennui, pour « tuer le temps », il s’agit donc une lecture d’occasion, pas de choix.


Rousseau dont les premières lectures furent les romans laissés par sa mère, gardera le goût de la lecture, lui dont le père fut l’initiateur puis le complice « quelques fois […] le matin entendant le matin les hirondelles, [il] disait tout honteux allons nous coucher ». Cette initiation a, bien entendu collaboré à l’épanouissement et au développement d’une tournure d’esprit spécifique chez le jeune enfant. Lui-même écrira de ces lectures qu’elle « formèrent […] et donnèrent de la vie humaine des notions bizarres et romanesques, dont l’expérience et la réflexion n’ont jamais bien pu [le] me guérir » [
1] . Vers huit ans, il découvre les grands auteurs classiques et « y pri(t) un goût rare ». On imagine si bien le jeune Marcel lové au creux de son lit, ou sous les arbres du jardin de Combray, frémissant des bruits de la nature mais à l’abri de voix humaines, emporté par Gautier ou Bergotte dans un monde imaginaire. « Il fallait arrêter la course éperdue des yeux et de la voix qui suivait sans bruit, s’arrêtant seulement pour reprendre haleine, dans un soupir profond. [2] » Cette voix des narrateurs a mis son imagination en émoi. Dans Compagnie, Beckett convoque la voix de son père « raconteur » d’histoires : « Une voix parvient à quelqu’un dans le noir. Imaginez […] À part la voix et le faible bruit de son souffle nul bruit […] Le faible bruit de son souffle le lui dit » [3] . Ces exemples, parmi tant d’autres, d’enfants rencontrant très jeunes la littérature, d’abord par l’oreille, puis par la lecture, le goût qu’ils développent pour elle illustrent l’évolution vers l’écriture. Devenus écrivains tardifs, probablement riches de leurs souvenirs et de ce savoir accumulé, l’écriture était déjà inscrite dans leur trajectoire, comme une vocation qu’ils reconstituent pour nous, lecteurs. On peut s’imaginer que cette voix qui hante l’œuvre de Beckett, tout en étant celle du souvenir liée à la voix intérieure qui gronde ou murmure, provoque son extériorisation. Naipaul lui aussi en est habité : « Le langage, le ton et la voix […] étaient en partie ce[ux] de mon père […] il m’appelait pour que j’écoute deux trois ou quatre pages […] qu’il lisait » [4] , et modestement il dit : « je ne me considérerais pas comme un lecteur compétent avant d’avoir vingt cinq ans. » [5]


Dans un premier temps, le lecteur donne vie à l’œuvre qui, à l’état de simple livre, est morte. Elle ne commence à « ré exister » qu’à travers l’autre. Il y a donc corrélation et osmose entre des plaisirs qui se conjuguent mutuellement. Une œuvre, passée de mode, peut ainsi tomber dans la léthargie de l’oubli, être négligée pendant parfois de longues années, puis ressusciter (Les Chants de Maldoror par exemple). De nombreux manuscrits, précieusement rangés, attendent parfois des années avant d’être publié, à titre posthume ou pas. Pour mémoire : Le Bleu du Ciel [


« Mais pourquoi écris-tu ? – […] écrire c’est pour moi une nécessité. […] Je n’ai pas encore trouvé d’autre moyen pour me débarrasser de mes pensés. […] Pourquoi je le veux ? Est-ce assez dire que je le veuille ? Il me le faut » [


Ces voix intérieures, qui formulent cette « phrase […] qui cognait à la vitre » [
10] , en sont une image tant le besoin et la spontanéité du geste en découlent. L’action du scripteur est un investissement autant physique que mental. Qu’on se souvienne de l’image de Balzac, en robe de chambre et pantoufles, confortablement vêtu et négligé qui, s’il écrivait par nécessité financière, y prit plaisir sachant qu’il créait une œuvre. Les nombreux manuscrits des grands écrivains indiquent un travail intense, associé à une jouissance dans la création. Cela, hélas, tend à disparaître avec les techniques modernes, il n’y a plus ni plumes ni parchemins, plus de corrections et retouches, plus d’hésitations visibles : les traitements de texte ont supprimé les traces du travail que constitue l’écriture. L’investissement physique disparaît, ainsi que la graphie, tellement révélatrice du caractère humain. Notre écriture est simple n’utilisant que la seule main, comparée aux écritures asiatiques où tout le corps suit et accompagne le mouvement lancé, lâché du pinceau ! Eux aussi, sans doute, maintenant, tapent sur un clavier.


Pour en rester aux écrivains, narrateurs, descripteurs de tout genre, il semble évident de faire du lecteur et de l’auteur des protagonistes indissociables. Du côté de l’écrivain, le besoin d’écrire est viscéral, même si son désir — avoué ou non — est d’être reconnu et donc lu. Même Beckett qui dû se battre longuement avant d’être édité, se glisse subrepticement dans la métaphore du petit bout de crayon que Malone a peur de perdre, qu’il égare, puis retrouve, obsession du non pouvoir écrire, donc du non pouvoir être. Il dit tout au long de son œuvre à travers ses personnages : « ce n’est pas moi […] Je mens tout le temps », et pourtant il se dévoile comme peu d’écrivains le font : « Je suis en mots […] je suis fait de mots […] je suis tous ces mots … que je cherche. » Il avoue l’immense solitude de l’écrivain, Compagnie s’achève sur le mot « Seul » et sa dernière œuvre se termine par « Temps et peine et soi soi-disant. Oh tout finir » [
11] , expressions qui résument l’essentiel de son propos sur la solitude et le travail que représente l’écriture. « La solitude de l’écriture, c’est une solitude sans quoi l’écrit ne se produit pas » [12] , Marguerite Duras dévoile ici le fond de son âme. Ce que Naipaul confirme et infirme : « M’asseoir à une table en prétextant écrire ne me donnait aucun plaisir. Je me sentais mal à l’aise, hypocrite », « Cette excitation qui nous parvient, il y a dans l’écriture une énergie impossible à répéter. [13] » Ces lignes rejoignent les propos de Barthes sur l’engagement physique : « On ne peut pas écrire sans la force du corps, […] il faut être plus fort que ce qu’on écrit » [14] . Et pourtant elles disent aussi explicitement que : « Cette solitude réelle du corps devient celle inviolable de l’écrit » [15] . Duras, à l’instar de ses prédécesseurs, nous appelle : « Histoire que je vais raconter […] à toi, dont je ne sais encore rien. À toi, lecteur [16] ». Elle confirme l’existence impérative de ce besoin, cette inévitabilité, cette charge qu’elle aime et qui leste son destin : « Écrire, c’était la seule chose qui peuplait ma vie et qui l’enchantait. Je l’ai fait. L’écriture ne m’a jamais quittée » [17] . Ce désir, on le rencontre encore chez Naipaul : « J’avais onze ans, pas plus, quand le désir me prit d’être écrivain ; et très vite ce fut une ambition arrêtée. » [18] Il résume sa carrière en ces quelques citations : « Je suis la somme de mes livres […] Chaque livre s’est révélé une bénédiction, […] l’angoisse est toujours présente. […] Chaque livre m’a éberlué. Jusqu’au moment d’écrire je ne savais pas qu’il était là. » [19] On reconnaît qu’écriture et lecture peuvent être une forme de thérapie.


Dans cette intimité fictive et pourtant réelle, le bonheur, le plaisir jouent un rôle actif, parfois l’intérêt ou la curiosité sont les seuls mobiles, mais il est rare que l’on poursuive la lecture de choses qui nous déplaisent foncièrement, même la révolte, le dégoût sont des vecteurs de lecture, sinon on s’ennuie et le livre nous tombe des mains !


L’évolution de la littérature, depuis le XVIIIe, a changé la donne. Si on remonte au jeune Rousseau, ses premières lectures furent les livres de sa mère ; les femmes lisaient des romans, une fois épuisés ces trésors, ce fut dans la bibliothèque de son grand-père qu’il découvrit les classiques grecs et latins, aux côtés de Molière ou Bossuet. La lecture était réservée à une élite fortunée. Maintenant, tout le monde lit - ou du moins, les livres sont accessibles à tous - et lit tout, les feuilletons ont disparu, et chaque semaine apporte sa moisson de livres de qualités diverses, souvent promis à une très courte vie ! Pourtant elle est messagère de plaisir.


Il y a pléthore d’écrivassiers, et beaucoup d’écrivains, mais peu écrivent bien. Tous, pourtant, ont un rôle à tenir dans la vie du lecteur. L’expression « roman de gare » est explicite, cela englobe les œuvres faciles à lire, le temps d’un voyage. Et avec la modernité, les voyages sont de plus en plus rapides, le « P.L.M. » qui faisait Paris / Côte d’Azur en une dizaine d’heures nous y dépose en moins de trois heures ! À peine le temps d’un « petit polar » ! Le temps d’une évasion hâtive.


On lit, on écrit en se donnant de grands modèles. À dix-sept ans, Alfred de Musset écrit à Paul Foucher : « Je m’ennuie, je suis triste […] mais je ne voudrais pas écrire, ou je voudrais être Shakespeare ou Schiller ». Barthes, lui - qui avait lu Jules Vernes, Alexandre Dumas ou George Sand - déclarait :« Sans doute n’y a-t-il plus un seul adolescent qui ait ce fantasme : être écrivain ! » C’était encore la mode des grandes sagas dont on attendait fébrilement le volume suivant, qu’on se passait de mère en filles. À l’instar de Proust qui évoque ses lectures pendant les vacances, à l’ombre des marronniers ou au coin du feu, on plongeait dans un plaisir rendu encore plus délicieux par l’attente. On pourrait évoquer Mazo de la Roche, Thyde Monnier, Maurice Druon, Henry Troyat, Roger Martin du Gard, suivis par Serge et Anne Golon (déjà oubliés) ! Pourtant moins d’un demi-siècle plus tard, on a jamais autant écrit ! On a notamment jamais eu autant de biographies, dont quatre-vingts pour cent sont totalement dénuées d’intérêt ! Cependant leurs auteurs ont pris un immense plaisir narcissique à les rédiger (ou à les faire écrire - à leur gloire et pour leur plus grands bénéfices - par un « nègre » !). Les grands amoureux de lecture guettent la sortie des nouveaux ouvrages traitant des sujets qu’ils aiment, il y savourent d’avance en connaisseurs un plaisir subtile et sensuel. Ils anticipent les paradis illusoires dont ils se délecteront dans le merveilleux, le gustatif, l’érotisme, le romanesque tout aussi bien que dans le philosophique, le politique, le culturel ou l’artistique. On lit aussi pour le bonheur d’une belle écriture, dans laquelle on ronronne des jouissances de tous les sens, suggestives, auditives, oniriques, ludiques, on peut y rire ou en pleurer, et se laisser entraîner en dehors de son soi quotidien. On raconte que Diderot pleurait en écrivant certains passages de La Religieuse, et que Flaubert était souvent physiquement malade pendant l’élaboration de Madame Bovary, qui fut longue et laborieuse. On aime à s’imaginer que les auteurs qui nous font rire, riaient en écrivant. C’est aussi une des réserves que l’on peut formuler à propos des traductions ou des adaptations, combien de styles superbes se trouvent dépouillés de leur charme et qualité, on songe à Virginia Woolf par exemple. Et Cervantès ou Shakespeare, selon les cas, dû au traducteur, on ne lit pas la même chose… Quant à Beckett, heureusement qu’il s’est réécrit lui-même, son discours tellement personnel est quasiment intraduisible. Le plaisir de traduire devrait pourtant être proche du plaisir d’écrire, mais il n’en est rien (ou du moins, les traducteurs sont si mal payés, qu’on leur laisse rarement le loisir de peaufiner leur travail !). Il n’est bon que de s’écrire soi-même, pas les autres ! Comme il n’est bon que de lire soi-même, sauf pour le théâtre. Comme le déclare Duras : « l’écriture, c’est l’inconnu. Avant d’écrire on ne sait rien de ce qu’on va écrire [
20] ». Et ce bonheur d’écrire, on ne peut pas le partager : « Avant tout il ne faut jamais qu’il soit dicté à quelque secrétaire, si habile soit elle. » [21] Je me permettrai, toutefois, une digression ultérieure infirmant ce propos. [22]

Quant à savoir d’où vient la motivation ?… Elle est spontanée, involontaire, viscérale mais va de pair avec l’inspiration. Être écrivain, ou devenir écrivain semble inscrit dans les gènes, c’est semblable à l’explosion de la floraison au printemps. Cependant, s’il y a beaucoup de candidats, il y a peu d’élus car le talent, voire le génie, ne s’improvisent pas. C’est un don, une qualité intrinsèque, parfois autoritaire, un venin qui ne donne pas le choix à ceux qu’il habite et hante ; le besoin, la nécessité d’écrire n’a pas réellement de sources, elle est dans l’étant qui se révèle dans l’Être. L’artiste est un créateur qui s’ignore, jusqu’à ce qu’il exprime ses talents ou son génie. « Sans génie, je suis un homme flambé il faudra toute ma vie sentir les désirs, […] si j’ai du génie, je me vois d’avance, errant persécuté, sans asile, martyr de Dame Vérité, mais Mlle la gloire me récompensera. » [23] Dans tous les cas, par-delà l’inspiration, l’écriture nécessite beaucoup de travail et une certaine chance. Tout comme le musicien a des notes qui tournent dans sa tête, le dessinateur ou le peintre ne peuvent s’empêcher de gribouiller sur tout ce qui leur tombe sous la main, d’où les « carnet d’esquisses », et l’écrivain observe, écoute, enregistre, accumule dans sa mémoire mille et une choses et hâtivement les glisse dans son « calepin », il anticipe ainsi le plaisir qu’il va prendre ultérieurement, même si le processus est difficile et laborieux. Nietzsche consacre plusieurs de ses réflexions « aux artistes » et à leur rapport au travail : « Les artistes […] veulent le travail […] pour autant qu’y soit associé le plaisir [24] ».


On est obligé de reconnaître que la majorité des écrivains sont inspirés, marqués, façonnés par leur enfance, ils en sont plus ou moins conscients. Bien entendu ceux qui écrivent leurs mémoires ne s’en cachent pas, même si elles sont romancées : Les Essais, Les Confessions, Mémoires de ma vie - Mémoires d’Outre-tombe, Henry Beyle Journal Histoire de ma vie, Prime Jeunesse, Si le grain ne meurt, Mémoire d’une jeune fille rangée, A la recherche du temps perdu …, Roland Barthes par Roland Barthes. Allant de Montaigne à Barthes en passant par Proust, sans oublier Chateaubriand qui avait pourtant écrit : « Je me suis souvent dit : Je n’écrirai point les mémoires de ma vie. » Dans une démarche un peu décalée, l’œuvre de Beckett peut être considérée comme une autobiographie déguisée, il s’est caché tout au long de ses textes avec sa famille, le poids de son enfance dans son Irlande natale, ses échecs et ses doutes, ses obsessions y sont sous-jacents et omniprésents. Marcel, dans La Recherche du temps perdu, annonce en filigrane avec le célèbre incipit : « Longtemps je me suis couché de bonne heure », « toute la partie qui m’était encore concédée pour lire » et la culpabilité qu’il en ressentait : « Tandis que je lisais au jardin […] elle m’aurait dit : Comment tu t’amuses encore à lire ce n’est pourtant pas dimanche ». Dans Sur la lecture – le vice impuni, Proust détaille ses lectures enfantines et adolescentes, le « sous-titre » est un aveu. Incontestablement, Proust a beaucoup lu tout au long de sa vie avec un plaisir quasi épicurien. Cela faisait partie de son patrimoine culturel, ce qui lui a donné plus de « matières » de références, de bases, pour structurer son écriture. Si on s’y attarde attentivement, on retrouve sa grande culture tant sur l’art, les littératures anciennes et contemporaines, et le monde tel qu’il le vit. Son milieu, extrêmement superficiel et léger, aurait pu en faire un écrivain mondain, il n’en est rien et sa profondeur d’analyse s’ancre dans sa prime jeunesse, son style personnel, sa distinction naturelle. Parlera-t-on encore de Sagan, Chapsal, Chandernagor, Peyrefitte ou d’Ormesson, issus de milieux similaires, auteurs à la mode, dans un demi-siècle ? Pour ces auteurs, les classes dites « moyennes » ressentent de la curiosité. Leurs lecteurs demandent à rêver face au spectacle de ces vies superficielles, de ces destins « étranges » ou brisés de ce qu’on appelle le Tout-Paris - ou pire encore les people ; en témoignent les émissions phares des télévisons qui peu à peu remplacent le temps réservé à la lecture… En revanche, resteront sans doute : Bazin, Yourcenar, Le Clézio, Naipaul et bien d’autres… Quant à la littérature de qualité, le privilège de ce plaisir devient le fait d’une sélection restreinte d’individus dits « cultivés »… La foule lit, et lit beaucoup mais elle lit mal, en hâte, pour meubler les rares temps vides d’une vie surchargée où rien ne va assez vite. Il est si bon pourtant de prendre le temps de lire, mais cela devient un luxe dangereux voire sulfureux ! Le métier d’écrivain a changé d’orbite, s’il demeure artisanal, « ouvrieux » et laborieux, son lectorat a complètement modifié le panorama des attentes du lecteur qui veut tout et tout de suite pour une jouissance immédiate. Les autres, la minorité, relisent souvent avec bonheur les « vestiges du passé » !


« Et puis un jour, il n’y aura rien à écrire, rien à lire, il n’y aura plus rien que l’intraduisible de la vie […] À hurler. » [
25]




© copyright Segolène Lavaud, Paris 2005


NOTES

[
1] Jean Jacques Rousseau – Les Confessions, Livre premier – p.26

[2] Marcel Proust – Journées de lectures- p. 164

[3] Samuel Beckett – Compagnie – p ; 7 - 9

[4] Reading and Writing. A Personal Account – Comment je suis devenu écrivain – p.16

[5] Ibid p. 24

[6] Georges Bataille

[7] Nietzsche - Le gai savoir - 93 – p. 118 Folio

[8] Baudelaire – Au lecteur in Les Fleurs du mal

[9] Op.cit., p. 11

[10] Breton – Manifeste du surréalisme p.31

[11] Samuel Beckett - Soubresauts

[12] Marguerite Duras – Écrire - p. 14

[13] Op.cit., p. 30 et 56

[14] Écrire - . p. 24

[15] Ibid, p. 15

[16] Ibid p. 57

[17] Ibid – p. 15

[18] Op.cit. p.13

[19] Ibid - 67 et 86

[20] Écrire - p. 52

[21] Ibid p. 14

[22] Jean Dominique Bauby, homme de communication, de lettres et de presse, à la suite d’un accident cérébral l’ayant privé de toute motricité, à part le clignement d’une paupière, emprisonné dans un corps douloureux et inerte, trouva sans doute, son ultime bonheur et sa dernière jouissance intellectuelle dans la rédaction de Le scaphandre et le papillon par l’intermédiaire d’un alphabet de connivence, à l’aide de ses cillements et de la complicité de C. Mendibil, il écrivit un livre à la fois plein d’humour, d’amour, de détresse et d’espoirs. Si ce n’est pas un chef-d’œuvre, c’est le testament teinté d’optimisme laissé à sa famille. Il est des cas d’exceptions. Récemment un film fut réalisé et tourné à l’hôpital Maritîme de Berck où il termina sa vie.

[23] Balzac – lettre à Laure d’ Abrantès

[24] Nietzsche – Le gai savoir – 42 – p. 84

[25] Marguerite Duras closule d’Écrire.

CITATIONS
 

7) On peut rappeler, avant de parler de l’incitation, du désir, du plaisir d’écrire, que les  écrivains ne composent pas pour eux - même s’ils éprouvent un indéniable plaisir narcissique - ils s’adressent à un « Hypocrite lecteur, - mon semblable - mon frère ! » 8) Déjà Montaigne, écrivain mature, a trouvé dans l’écriture un grand plaisir qui transparaît tout au long des Essais, il interpelle son destinataire, l’invite s’en faisant ainsi un complice : « C’est ici un livre de bonne foi, lecteur ». On retrouve d’ailleurs cette interpellation chez nombreux écrivains, occultant ainsi le narrateur, lorsqu’ils s’adressent, au fil du texte et du récit, à leurs lecteurs, tels Diderot, Balzac, Racine… qui se créent des interlocuteurs dans leurs discours. Barthes dans Le Plaisir du texte confirme : « Ce lecteur il faut que je le cherche […] sans savoir où il est » 9)  Ce lecteur est implicitement désiré. On en trouve le témoignage dans diverses correspondances de Rousseau à Diderot : « Tout à coup un heureux hasard vint m’éclairer sur ce que j’avais à faire pour moi-même. […] Voilà comment […] je devins auteur presque malgré moi. […] Si je n’avais écrit que pour écrire, je suis convaincu qu’on ne m ’aurai jamais lu. » 6) sommeilla de 1936 à 1957, quant aux manuscrits irlandais de Beckett, ils ne furent publiés que tardivement en France.





LIEN

UN AUTRE TEXTE DE SEGGYS  : Le charpentier du Ribas