Dans une Manufacture de Munitions

Publié le par Yvan Hladky

Dans une

Manufacture de Munitions

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U N



L‘état (où notre train roule lentement vers l´Est) est  composé de  trois pays dont deux sont presque de forme rectangulaire tandis que le troisième se love comme un serpent d'ouest en est, les montagnes à l’horizon nous accompagnent tout le temps, c’étaient quatre pays qui composaient jadis l’état sur ce territoire, malheureusement le quatrième pays a été annexé (il y a des années) par un empire fraternel voisin, notre train se trouve dans une vallée encadrée de montagnes couvertes de neiges, disons que la voie ferrée est absolument droite, sans aucun virage, ni descente ni montée, soudain le train s’arrête au milieu des champs à proximité de la station balnéaire où se trouve la gare de correspondance du train à voie étroite, un autorail y assure le transport des visiteurs de cette ville, la partie supérieure des deux wagons de la rame est peinte de couleur beige et au dessous des larges fenêtres se trouve une bande violette, les wagons sont flambant neufs, ils sentent encore les solvants et les cuirs synthétiques, les voyageurs, très élégants, ont seulement quelques pas à franchir entre le rapide et le quai de la rame bicolore et c’est peut-être le pourquoi d'une évocation de l’arrivée en gare de Baden-Oos d’où circule un train électrique rouge vers le centre de Baden-Baden, mais là-bas la voie va du nord au sud et ici elle disparaît derrière l’horizon à l’est, nous nous demandons encore qui des voyageurs munis de leurs belles valises et mallettes ne remarquerait pas cette dissimilitude tout en ne pouvant jamais oublier le but de ce voyage, il ne nous reste plus qu'à prendre place parmi tous ces voyageurs vraiment élégants accompagnés de grands bagages de cuir, se demander par déférence si quelqu'un noterait la disparité apparente et quand par le train si ostensiblement polichrome nous arrivons effectivement à une longue rangée de wagons de marchandises qui ont dû rester immobiles à cet endroit depuis une éternité étant déjà couverts de lierres pénétrants même les segments des roues et transperçants les suspensions, les ressorts et grimpants jusqu'aux toits déformés (lors d’un accident peut-être) nous devons toujours avoir à l'esprit que si ces wagons se mettaient en marche les racines réelles et mystiques des lierres s'arracheraient immédiatement et que les roues couvertes de rouille ne pourraient les écraser qu’après un certain effort de la locomotive en produisant des sons aigus, le conducteur attire notre regard habillé d’un manteau de fourrure sur les épaulettes deux étoiles en métal jaune et un numéro composé de trois chiffres1) partiellement cachées par le col, on n’est pas sûr de vraiment pouvoir lire ces chiffres si on en avait besoin, un objet métallique rappelant une arme à feu est attaché à sa ceinture il se penche vers l'extérieur et regarde le portail d’entrée du complexe industriel qui s’approche lentement pour ne s’ouvrir qu’au moment opportun et les voyageurs au cadre des fenêtres s'attendent à voir une station balnéaire, les tuyaux et cheminées de ventilation sur les toits des laboratoires ne les rassurent que modérémment.

DEUX

Il ne nous reste plus qu'à monter dans cette rame odorante, multicolore et brillante dans les rayons du soleil couchant et réaliser que nous ne pouvons pas continuer notre voyage vers les collines où se cache la ville balnéaire et apprendre que nous ne pouvons pas traverser le pont couvert et entrer dans le parc plein de belles fleurs, ne pas même pouvoir acheter une carte d’entrée à la piscine EVA, sans que nous puissions ignorer le signification des reliefs en béton en forme d'un corps d’homme qui casse symboliquement une sorte de tuyau sur son genou dressé vers le pont couvert et de même que nous ne pouvons pas rester sur ce pont et observer de près les yeux verts du visage de cette femme au regard de Sphinx et nous ne pouvons plus écouter la diatribe de l’animateur sur le thème de la beauté de l’impératrice Sissy et regarder entre-temps les cygnes groupés en formations irrégulières sur la rivière, vraiment même cet après midi nous ne pouvons pas nous asseoir au bord du lac et voir les coupelles des Victoria Regia en fleurs, parce que sur le quai où nous sommes restés après le départ du rapide sont déjà rangés quatre vieux wagons à plateformes attelés à un locotracteur Diesel qui produit un vacarme insupportable et des nuages de fumée noire, nous devrons traverser les derniers kilomètres sur cette-même voie en dépassant peut-être des dizaines de wagons de marchandises envahis de lierres somptueux aux racines mystiques et réelles à la fois plongeant dans la terre quoique ces wagons puissent partir instantanément les racines s'arracheront simplement et les roues rouillées vont commencer à tourner, nous nous apercevrons aussi que notre visite de ces célèbres "bains" devra être reportée à plus tard, remarquons encore les paysans à proximité de la voie, les uns ou les autres croquant lentement des gros poivrons rouges ou verts, leurs chevaux attelés aux chariots aux vieux pneus gris ne bougent pas, il est possible que les paysans n’ont pas même l’idée de vendre leurs marchandises ni de les charger dans un wagon, simplement ils attendent et juste à cet instant le train se mit en marche avec un fracas mémorable et quand plus tard nous nous sommes penchés par la fenêtre et regardé vers l'avant pour ne pas manquer le point d'où l'on peut déjà apercevoir les aiguillages de la déviation des rails menants vers les collines couvertes de bois profonds, voir si une vieille locomotive à vapeur avec une haute cheminée nous attend... Si l´on essayait de soulever les lunettes de soudeur et que la lumière du jour entrait sous la monture en aluminium qui fixait les verres noirs, en regardant vers la gauche ou la droite on aurait quand même pu voir les changements du paysage, dans les détails ou dans son ensemble… (avant tout c’est le présent dans le passé, les carreaux blancs de la station Villiers, le Music Hall Bobino et le Jardin du Luxembourg, il pleuvait à verse, les feux, rouges d’abord, changent soudain au vert et l’asphalte luisant sous les ruisseaux) …comme des myosotis entre les racines des vieux chênes et tout ce qui ne devait pas nous être permis de voir, notre voyage durait plus que les vingt minutes prévues, les bois profonds s’écartaient de plus en plus et le pavillon circulaire avec cette coupole brillante dans les rayons du soleil levant, cette lumière encore rougeâtre, un stade, un pavillon, un édifice industriel apparaît, quelques ingénieurs en tablier blancs sont devant l’écluse en verre et l’immense coupole avec ses facettes ressemblait à un oeil de mouche surdimensionné (les mêmes ingénieurs sont toujours devant l’écluse de verre, à l’entrée), il y avait trois draisines si nous avons bien compté prenant en considération que sur la voie ferrée toutes les draisines se suivaient de près avant de passer les premiers aiguillages d’où les rails se divisaient pour entrer dans les différentes vallées et si nous admettons que sur chaque draisine (naturellement sans les voyageurs) se trouvaient un machiniste, deux soldats et un chien, nous en sommes presque sûrs, les numéros sur la plaque d’identification de la draisine, sur les capotes des membres de l’équipe et sur le collier du chien étaient identiques et correspondaient même avec les numéros des vallées et des groupes d’immeubles industriels, nous savons encore que les billets d’accès des voyageurs portaient ces chiffres et que le conducteur muni d’une longue-vue pouvait les contrôler à distance sans grandes difficultés et comme nous le savons déjà, il était prévu de faire porter aux voyageurs des lunettes noires de soudeurs à autogène pour les empêcher de voir dans les autres vallées pendant la traversée des aiguillages qui changeaient parfois assez brusquement la direction des draisines, naturellement rien n’empêchait les voyageurs de se tenir ou s’accrocher afin de ne pas tomber sur la voie, et quand parfois ils pointaient de leurs doigts dans les vallées aux numéros différents du marquage des billets car il était possible de soulever un peu les lunettes et d’apercevoir ce qui ne devait pas leur être montré, les forêts profondes qui clôturaient la vue à une distance minimale ne le permettaient guère. Admettons que les visiteurs entrants dans cette salle surpris par le théâtre extraordinaire ne se rendent pas encore compte du vacarme (dehors couvert par la musique) et ils cherchent une place convenable pour se changer en spectateurs, pour devenir partie prenante du processus majestueux qui ne trouvera nulle part son pareil, ils sont acteurs et spectateurs à la fois, naturellement ces tests et épreuves n'étaient que des simulations, dans l'obscurité de la cabine de contrôle technique l'on pouvait contempler les cadrans des régulateurs pneumatiques et ceux des rotamètres, les fonctions très compliquées des actuateurs linéaires du système se réduisant aux courbes inscrites sur les rubans de papier millimètré, quelle admirable harmonie de tous ces détails sous nos yeux. J'ai mis mon masque de protection  contre les gaz neurotoxiques M2M, et derrière MOI un immense carrousel, un autoinjecteur combinatoire au sulfate d'atropine, diazépam et methylsulfate de paralidoxime dans ma poche, oui, survivre, il le fallait à tout prix : Même ton frère ne te prêtera pas son masque quand le mal viendra, mes épreuves de fonctionnalité n’étaient effectuées que pendant le temps de nettoyage, en réalité le nombre des spectateurs n’augmentait presque pas, même les scies circulaires ne tournaient plus, un des spectateurs au manteau de plastique qui travaillait ici depuis longtemps s’est emparé du Gicleur Argenté et arrosait le mécanisme avec des trombes d’eau bouillante tandis que ceux qui étaient à proximité des scies essayaient de s’éloigner sans se faire remarquer mais les gardiens sur les galeries n’étaient pas intéressés par ce qui se passe dans l'avant scène, ils contemplaient les belles bagues et bracelets que des spectateurs leur ont offerts2) pour monter dans la hiérarchie afin d´atteindre la galerie et devenir un des élus, c’était tout autant possible que l'inverse l’était de descendre de cette galerie renoncer au grade qu’ils venaient d’acquérir et redevenir de simples spectateurs et parfois il arrivait même que des gardiens descendant brusquement, eux aussi s’emparaient d’une belle voyageuse3) et sans se laisser déranger par cette dynamique irréversible serraient les beautés sanglotantes dans leur bras les couvrant de baisers ardents et ils sautaient sur la bande roulante du convoyeur pour atteindre les roues dentées des scies circulaires l'espace d'un unique cillement.

TROIS

C’était tout à fait inopportun.





 
À bas les dictatures !


ILLUSTRATIONS 

  Chien de service Auteur du texte

Emplacement réel  48° 57′ 38″ N et 18°10′ 26″ E   
           Emplacement fictif  

 

Texte et illustrations © copyright Yvan Hladky, Offenbach-sur-le-Meine, 2008 - 2010
10675 caractères (espaces inclus), en 3 paragraphes.


Coordonnées de l´emplacement :
48° 57′ 38″ N et 18°10′ 26″ E  sur Google MapsTM et Google EarthTM  


NOTES

1) A cette distance, les insignes distinctifs ne sont pas visibles sur le col de la capote... Robbe-Grillet, Alain, Dans le labyrinthe, Edtions de minuit, Paris, 1969

2) Durch diese "Inszenierung"  erzielen sie ein Gleichgewicht zwischen den ständig mobilisierten Triebbedürfnißen und der geschichtlichen Stufe der Aufklärung, die  sie erreicht haben  und die sie nicht beliebig zurück-nehmen können. Adorno, Die Freudsche Theorie und die Struktur der faschistischen Propaganda, 507, Psyché 11/1975, et aussi Freudian theory and the pattern of fascist Propaganda, Psychoanalysis and social sciences, Int'l  University Press, New York.

3) "Vraie ou fausse, dit Genet, une accusation de ce genre était terrible". Georges Bataille, La littérature et le mal, 210, Idées, 128, Gallimard, Paris 1980

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  UNIVERSITY of TORONTO

  Thomas Fisher Rare Books

    V muniční továrne : a jiné texty /

      Ivan Hladký.

      Praha-Paříž : [Ceský Spisovatel], [1999].

          Book

    pam 05889

Thomas Fisher Rare Book

 

 

 

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Critiques de l´auteur et de son texte  :

 

Un jour en Aout 2007 l´on s´est rencontré autour de "ma table" au Café Slavia pour discuter de Guillaume Apollinaire, de l´absinthe et de la littérature contemporaine… Marie m´a confié ce manuscript que j´ai l´honneur et audace de publier un an après sa disparition...
IH 

  

Ivan Hladký et sa Manufacture de Munitions

 

par Marie ŠtichováIvan Hladký écrit des textes (et fait des photos) extraordinaires, j´ai l´impression qu´il vit comme s´il avait encore des siècles entiers de jeunesse à venir. Le jour de son soixantième anniversaire il sonna à ma porte, je ne l´ai pas reconnu tout de suite, d’une rencontre à l’autre peuvent s´écouler de trois heures à trente ans, mais finalement il n´a guère changé. Depuis l’occupation soviétique en 1968 il vit à Francfort. En 1950, je me souviens bien, il était dans ma classe au Lycée Français de Prague où j´enseignais la philosophie et la littérature, il admirait Apollinaire et Sartre et ses courts textes surréels accompagnés de collages m´ont vraiment plu, je les ai parmi mes livres ou bien cachés entre mes draps en cas d´une perquisition toujours possible. Les années 50 avec les procès politiques n´étaient pas du tout favorables aux novations littéraires. En toute objectivité, il était dangereux de vouloir publier ses textes alors que les poèmes héroïques sur l´élevage de porcs étaient à la mode du Parti Communiste et par conséquent de l´Union des Écrivains. Mon confrère Josef Škvorecký l´a bien décrit dans sa nouvelle Le Monde amer, personnalisé par son héros Paul, amant temporel de la petite espionne Géraldine, une tragique Mata Hari de dix-sept ans. Dans le roman L’Escadron blindé du même auteur il s´appelle Maurice et sa lettre à Lisette est un appel ortenien1) au voyage sans commencement ni fin et l´acte libre d´une soirée dansante avec son prof de philo au Trilobit Bar à Barrandov, c´est toujours la même chose. Grâce à Škvorecký il entra à rebours dans la littérature mondiale, un personnage comme découpé des Chemins de la liberté. Nous nous posons la question de savoir pourquoi en fait notre auteur refusait de publier ses textes que l´on lisait aux conférences littéraires nocturnes de l´Underground dans une salle de l’hôpital psychiatrique d’Albertov en compagnie de Mareš, Žilina, Šváb et Škvorecký ? Des années se sont écoulées et l‘éditeur Sixty-Eight Publishers de Toronto lui réclamait de temps en temps d´envoyer quelque chose à imprimer et je confirme qu´après la révolution de 1989 moi aussi, mais simplement, il ne voulait pas. Dès les années cinquante, Ivan Hladký écrivait des textes précurseurs du postmoderne. A savoir bien avant que Derrida et Lyotard eurent présenté leurs thèses philosophiques sur la post-modernité. En ce temps-là les lecteurs officiels de l´Union des Écrivains, des collaborateurs du régime politique oppressif l´ont forcément rejeté en lui décernant une virtuosité de forme, qualité jadis assez dangereuse, dû au „manque de rapport“ avec la lutte de la classe ouvrière, ils ont violemment critiqué l´intertextualité et les inserts plagiés de philosophes exotiques, alors correspondant aux méthodes de l´écriture postmoderne. Où sont les neiges d´antan ? De cette façon nous aboutissons à la déconstruction de Derrida et à la différance de Lyotard. La communication audiovisuelle de la société totalitaire (langue simplifiée, publicité politisée, architecture grotesque, films patriotiques) comme contraste du méta noyau de l´occulte, magique ou seulement mal compréhensible « trou noir » où le non-sens devient le sens certain, sinon unique, comme Ivan Hladký nous le raconte avec crânerie spirituelle dans ses textes.

Lire Avant et Après, Dans la Manufacture de Munitions ou La pointe du glacier est assez difficile. L’auteur communique avec son lecteur comme sous l’évanouissement d‘interférences rythmiques d‘une radio d’outre-mer qui couvre le sens des mots écrits. Ne cherchez pas le discours d’une intrigue majeure, les unités de temps et de lieu ont disparu, remplacées par des anatopismes 2) et anachronismes, ses phrases longues de centaines de lignes, s´entrelacent et s’évadent en périphrases d’une prolixité incommensurable mais logique et respectant scrupuleusement les règles syntaxiques. La clausule en incipit, pourquoi pas, le présent simultané du futur et du passé ? Des extraits de récits, de romans, de scénarios Hiroshima mon amour ou L´Affaire Stavisky notamment recouvrent son texte autobiographique, il cite des auteurs peu connus, affiche des remarques et explications bibliographiques sans aucun rapport avec son texte et il y intercale des syllogismes apparents afin de provoquer une réaction négative de son lecteur, qui ne possède pas forcément assez d’intelligence émotionnelle. Vivre avec le prestigieux, avec le magicien des idées doit être très difficile : Chaque mot c´est une gifle aux idiots de la normalité, aux imbéciles du moyen. Ses textes n’ont jamais cessé de me plaire, sa langue vivante et contemporaine, le mode d´intercaler spontanément le tchèque, le français et l’allemand suppose la maîtrise de ces langues par son lecteur, mais attention, on y trouve aussi des phrases triviales comme pillés de romans policiers ou des séries roses ; soudain nous nous perdons dans les labyrinthes du nouveau roman, allons soudain nous réveiller sur les plages de Biarritz, au Jardin du Luxembourg, au milieu du Sursis de la fameuse trilogie de Sartre ou dans la Rue Ostruhová en 1870, il souligne la facticité du récit par des tailles, des dimensions mesurables, par des couleurs et des marques de produits, il dissimule ses expériences intimes sous les enseignes clignotantes des néons. Il justifie les prix des boissons de bars et cafés, comme découpés et mélangés dans un caléidoscope pour nous éblouir par la cadence subliminale d’idées, tous les saints de la pensée existentielle défilent, Sartre, Camus, Kafka ; Kierkegaard, pourquoi pas ? Les associations élitaires, la virtuosité narrative, tout cela est déjà expérimenté par d’autres et je cherche où est la spécificité avec Ivan Hladký ? Son monde est tout autant à Prague qu’à Paris, Bruxelles, Vienne, les cafés, les lieux historiques, les ruelles perdues, il sait où on danse le tango, le blues et le rock, il sait où se rencontrent les existences marginales, il les étudie dans leurs milieux, enregistre leur argot au magnétophone, vu le texte A Vous la paix et le succès en face du McDonald’s, les réflexions surréalistes à l’exposition de la Caserne de Pompiers de même que les notes de ses rencontres dans un asile de malades mentaux. Il me semble qu´il argumente sur ce qu´il vit : Un aquarium, il nous le montre en négatif. Vous le trouverez sans doute aux lieux ou trinquait Hemingway, ou écrivait Sartre. Oui, notre magicien des idées explique et dissimule, mais est ce que cela suffit vraiment ? La littérature nourrit bien les « écrivains de textes“ et les génies doivent-y travailler »à la commande" et fournir des bouquins à lire dans le métro en rentrant du boulot et ce que font les gens qui pourtant le haïssent. Lui ne se laissa jamais corrompre. Est-ce un défaut ? J´ai lu ses deux derniers longs poèmes inédits, Les Spaghettis à la provençale et Aux Ailes des Tigres, nous volons… Sur vingt cinq pages et en vers libres, il nous décrit les objets éparpillés dans un appartement inconnu, tant les légumes dans le réfrigérateur, que le contenu de la poubelle tout comme Whitman ou Eliot, suivi sur seulement cinq lignes de l’analyse de la vie d’une femme qu’il appelle « Elle ». Je ne peux pas dire si c’est une innovation ou une récession mais je sais qu’une revue mensuelle l´a voulu impérativement.

Je le laisse sans commentaire le texte de Dans une Manufacture de Munitions, c’est à vous de le lire. Il s’agit d’un voyageur qui vient contrôler les équipements industriels de cette usine. Il décrit minutieusement sous forme de rapport sa propre expérience. Le système totalitaire périt, l’individu subordonné gagne par son choix d’acte libre. Celui qui pourra comprendre le message simple mais parfaitement dissimulé par une méthode cryptographique de l’auteur pourra peut-être trouver sa psyché et voir en miroir son ego, partie prenante d’un système d’espoir collectif absurde. Dans les vallées chaotiques de ses usines fractales3) ne peuvent accéder que les élus : Par qui, pour quoi ?
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 © copyright Marie Štichová, Prague, 2005
     (*1926 + 2008)  docteur en philosophie, professeur lettres à l´Université Charles IV

1)   ortenien -  Nous sommes neige au temps du silence, de Jiri Orten (1919-1941)
2)  anatopismes - Perturbations mentales qui affectent les personnes déracinées et aussi - Processus de disparition de la culture d’origine par contact avec une autre culture
3)   fractales - Définir correctement ce qu’est une fractale n’est pas simple
voir www.futura-sciences.com/comprendre/d/dossier234-1.php




Et que devinrent les jardins d’Eden ?
.
 D’ un voyage sans retour par Ségolène Lavaud

       ( une autre critique de la Manufacture )
 

Rien du titre Dans une Manufacture de Munitions n’est justifié par le texte, à moins qu’il ne soit une réponse aux questions qu’il pourraît susciter. Le style d’Yvan Hladky est parfois déroutant, perturbant car sa logique herméneutique y est fragmentaire. Il se veut postmoderne, mais le terme est déjà obsolète. Intermixant des passages poétiques de descriptions paysagées aux assonances rythmant l’univers environnant de sonorités élégantes inattendues dans un univers déja assourdissant d’un train mythique, « Les racines s’arracheront […] et les roues rouillées […] vont tourner », avec des séquences techniques hermétiques aux non initiés. L’atmosphère cependant est dès l’amorce ambigu. Dans un paysage souriant un début d’histoire à la Prévert, « En sortant de l’école .. » où l’on décèle cependant déjà une contrainte partagé par les lieux et l’atmosphère, la beauté des sites à voir et visiter et l’interdit d’y accèder. La parité des voyageurs, au luxe ludique du tourisme et la finalité d’un destin opposé. Un sentiment d’incertitude qui se meut en angoisse et en appréhension vers la peur de l’inévitable d’une catastrophe planifié de l’homme contre l’homme. Sous les non-dits se cachent pogromes, goulags, massacres, orgies, arbitraire de dominateurs sur les dominés involontaires. Yvan nous embarque dans un train de rêves où en filigrane il sous entend avec tact des trains d’enfer de sinistre mémoire. On se prend à rêver brusquement réveillés par un changement d’itinéraire et de rythme du discours, où cependant il reste très réservé, retenu. Les détails donnent une authenticité à son récit quoique parfois certains soient totalement fictifs, mais cependant métaphoriques, telle la coupole d’un lieu irréel symbolisant cette « parenthèse » dans l’histoire du XXe siècle, comme certains se plaisent à le prétendre. Évoquant peut être les portes béantes d’où l’on ne ressortait pas. Il y intercale des endroits réels, des périodes précises et des faits identifiables à de la fiction. Quant à cette usine manufacture, elle reste une image négative de la destruction et du désastre que peut produire ce qu’onimagine une occupation après une défaite. Le déchirement qu’ont subi les pays derrière le rideau de fer dont il est issu, démembrement, exil. Les quelques mots de son dernier paragraphe témoignent de la distinction de sa pensée et du respect des martyrs d’un simple « innoportun ». Au cours de son texte il raconte des souvenirs fictifs ou réels selons sa sensibilité et son vécu. A la chronologie anarchique, intemporelle, ayant l’air d’être « en vrac » et pourtant moins « disjoncté » qu’il ne semble – C’est en fait assez classique – Du réel tricoté avec du fictif, comme si souvent. De jolies idées, des moments tendus et qui laissent passer en filigrane des émotions de périodes troubles et troublées. Un vent de despotisme et d’ inéluctable repressivité. Un clin d´œil moqueur à l’argent et du lucre père de toutes les compromissions et dérives. Une femme étrange et fascinante entrevue au hasard des chalands. D’autres que l’on étreint ou qu’on viole ? Désespoir noyé dans les dérives de la chair ? Luxe et misère se frôlent. Liberté, contention, évasion. Un monde anachronique, hier et demain dans un présent imbécile ? On a pas envie de monter dans ses trains ni de voyager avec eux ! Même si les lieux semblent pouvoir devoir être enchanteurs sous d’autres auspices ! Voyage nostalgique ? Un bel endroit annexé et dévasté par un pouvoir despotique, le bonheur de vivre assassiné, hélas chansons connues ! La rentabilité au détriment du bonheur de vivre. Et des tortionnaires abusifs en uniformes ! Au fait où sont où les munitions du titre ? On ne voit que des scies circulaires et des draisines ou wagonnets ! Pas de poudres, pas de fumées nauséabondes à part celle des locomotives.  Et on entend ni cris ni ordres hurlés ! Seules les mécaniques grincent. Pas un mot. Un silence mortifère ? …à part de la musique discordante. Une écriture et un style un peu décousu, rien de très perturbant, les idées sont les siennes on peut les respecter ou les rejetter, mais y adhérer quand le sujet est sibyllin est difficile sinon impossible. On ne sait pas de quoi il veut se libérer ou se débarasser – ou simplement discourir ! On a le droit d’écrire pour ne rien dire ! juste pour le plaisir, mais là il n’y pas de plaisir. Ce n’est pas un acte gratuit même s’il s’amuse à jouer de finesses de la langue et des non concordance des temps. Temps d’élocution, d’action, factuel, fictif tout s’y entrecroise savamment, pour laisser au lecteur un sentiment trouble de mal être, et on en reste aux conjectures. Car ce n’est pas qu’un exercice de style, ne nous y trompons pas. Yvan a certainement beaucoup encore à dire cachant des douleurs sous un humour méticuleux de scientifique. À suivre !!?
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© copyright Seggys, Paris 2008 - 2011

     Ségolène Lavaud

     DOCTEUR UNIVERSITÉ PARIS DIDEROT Lettres, Art, Cinéma

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BIBLIOGRAPHIE :

 Cette courte nouvelle dans sa version originale a paru en deux différentes éditions en 1999,  vous la trouverez facilement chez

 Thomas Fisher Rare Book Library
120 St George Street

Toronto, Ontario
M5S 1A5
fisher.library@utoronto.ca

 

Autres sources:

 http://query.library.utoronto.ca/index.php/search/q?kw=%22Ivan+Hladky%22

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http://ywww.worldcat.org/title/v-municni-tovarne-a-jine-texty/oclc/272378511

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© 2012 Ivan Hladký. All rights reserved

Publié dans Yvan Hladky

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